Un président de la République, pour quoi faire?

Le rôle du président de la République en France est une anomalie.

Élu pour cinq ans, il dispose de tous les pouvoirs, se révèle le vrai chef du gouvernement et, pourtant, il est constitutionnellement irresponsable. Certes, sa politique est assumée par un Premier ministre (quand on n'est pas en période de cohabitation) qui, lui, a des comptes à rendre devant une Assemblée en droit de le renverser par une motion de censure. Qu'à cela ne tienne! Le Président nomme un nouveau Premier ministre, et l'on continue... Même, il n'y est pas obligé. En 1962, l'unique fois où un Premier ministre, en l'occurrence Georges Pompidou, subit le vote à la majorité d'une motion de censure, que croyez-vous qu'il arriva? Le Président le maintint à titre temporaire à son poste, dissolut l'Assemblée, et, au lendemain d'élections qui lui furent favorables, confirma Pompidou dans une place qu'il n'avait pas quittée.

En revanche, quand il plaît à un Président de se débarrasser d'un Premier ministre, il n'attend pas le verdict de la Chambre: il le prie de lui donner sa démission. En 1972, Pompidou pousse à la démission Chaban-Delmas qui venait d'obtenir un large vote de confiance des députés. En 1991, Mitterrand congédie Rocard malgré le soutien dont celui-ci bénéficie dans l'opinion. Ainsi le pouvoir parlementaire ne s'exerce jamais ni pour investir un chef de gouvernement ni, pratiquement, pour le renvoyer. D'autre part, l'usage a doté le Président du droit non inscrit dans la Constitution de composer lui-même le gouvernement, à tout le moins d'imposer au Premier ministre la liste de ses principaux membres.